Tutorial : les niveaux de maturité du CMMI Imprimer Envoyer
Informatique - Méthodes
Écrit par Vincent MARTIN   

 

Tout le monde le sait : rien ne vaut une analogie pour comprendre un concept un peu abstrait. Lorsque j’explique les niveaux de maturité du CMMI (Capability Maturity Model Integration), j’utilise souvent une analogie, disons... domestique.
Ou le CMMI expliqué à la ménagère (au manager ?) de moins de cinquante ans...
Imaginons donc que vous êtes un(e) professionnel(le) reconnu(e), dont l’excellence des prestations n’a d’égal que la hauteur de vos tarifs. A l’abri du besoin depuis de longues années, vous employez du personnel pour assurer les tâches ménagères et subvenir aux besoins de votre maisonnée en biens de consommation courante, denrées alimentaires, vins et spiritueux.
Patatras ! Votre employé(e) de maison a un accident de voiture ou vous quitte, las(se) des pressions que votre nature exigeante lui fait constamment subir. Vous ne pouvez désormais compter que sur vous, et devez faire vos courses vous-mêmes !
Niveau 1 : le point de départ
Voilà une activité à laquelle vous n’êtes guère habitué(e), et pour laquelle vous ne disposez d’aucune méthode particulière : vous allez donc dans le premier magasin venu, éventuellement celui dont on vous a dit qu’il était le mieux achalandé, ou le moins cher, vous vous baladez dans les rayons et vous remplissez votre chariot au fur et à mesure, selon, disons, vos envies.
A l’arrivée, vous avez un chariot rempli d’articles inutiles, alors que vous en avez oublié des indispensables ; vous êtes surpris par le montant de la facture, et vous avez sans doute passé plus de temps que prévu dans le magasin.
Vous avez une démarche qui est immature, ce qui veut dire, pour CMMI, non disciplinée. Vous êtes, pour l’activité « faire ses courses », CMMI niveau 1.
Niveau 2 : un peu de discipline
Avec le temps, vous convenez qu’un peu de méthode vous serait profitable : vous décidez d’établir une liste des items que vous pouvez être amené(e) à acheter, liste où vous n’avez plus qu’à cocher ce que vous souhaitez acquérir. Votre liste est structurée, par domaines (alimentation, boissons, hygiène, habillement, culture) et sous-domaines (viandes, fruits et légumes, crèmerie, confiserie, etc.). Raffinement supplémentaire : elle est organisée géographiquement, en fonction de la position dans le magasin des différents rayons ; ainsi vous pouvez effectuer la totalité de vos achats sans avoir à multiplier les allées et venues dans le magasin.
Grâce à cette nouvelle démarche, vous oubliez moins de choses (votre liste n’est pas encore tout à fait complète) mais achetez beaucoup moins d’articles inutiles ou non prévus. De plus, votre consommation des items figurant dans votre liste étant à peu près régulière, vous achetez sensiblement toujours les mêmes articles, et le montant total du caddie reste le plus souvent sans surprise ; à affluence égale, le temps que vous consacrez à cette délicieuse et épanouissante activité est sensiblement le même.
Vous avez à présent une démarche disciplinée et reproductible : vous êtes CMMI niveau 2.
Niveau 3 : une démarche adaptée
Votre démarche commence à être bien rodée ; au fur et à mesure de vos achats, vous avez complété votre liste de courses et vous n’avez plus besoin d’ajouter des articles imprévus. Malheureusement, en contrepartie, votre liste est longue et, du coup, peu pratique ; de plus, c’est le mois de juin, et vous vous apercevez que des articles comme les soupes, les légumes d’hiver, les gratins et autres plats caloriques seraient avantageusement remplacés par des fruits de saison, de la mozzarella et des petits rosés bien frais. Vous décidez donc de qualifier de générique votre grande liste de courses, et à partir de cette liste générique, vous établissez une série de listes plus appropriées au contexte ou au volume d’achat. Au fil du temps, vous établissez une typologie des courses et des magasins (en fonction de la fréquence, de la saison, du jour de la semaine, etc.).
Vous savez à présent suivre une démarche adaptée : vous êtes CMMI niveau 3.
Niveau 4 : de la mesure !
Emballé(e) par l’efficacité de votre démarche (vos dépenses, en euros et en temps, sont conformes, globalement, à ce que vous prévoyez), vous décidez à présent de mesurer votre activité à l’aide d’indicateurs : vous relevez les prix de chaque article, injectez tout cela dans un tableur, êtes en mesure d’estimer avec précision le montant de vos achats, globalement, mais également catégorie par catégorie.
Vous êtes ainsi capable de mesurer la part de chaque poste de dépense dans chaque liste : 58,24% pour l’alimentation (dont 29% pour la viande et la charcuterie, 20,5% pour la crémerie, etc. etc.), 21,12% pour les produits d’hygiène, etc. (les valeurs ne sont pas issues d’un exemple personnel) dans l’hypermarché de la région ; elles sont différentes à la superette du coin.
Si vous décidez de chronométrer le temps que vous passez à chaque catégorie, vous êtes capable de faire pour le temps ce que vous faites pour les prix (vous savez par exemple que vous passez 50% de votre temps de course à l’alimentaire, 10% la tête dans les bacs à congélation). Vous connaissez aussi, à partir de mesures factuelles, quels est le créneau horaire le plus favorable à cette occupation.
Vous savez dans quel magasin vous effectuez tel type de courses, vous pouvez ajouter au prix de chaque liste le prix du déplacement, en fonction de la distance parcourue et du temps passé. Votre processus est un processus mesuré : vous êtes CMMI niveau 4.
Niveau 5 : en optimisation
Vous êtes à présent connecté(e) en permanence sur les sites des magasins ou des sites comparatifs qui vous permettent d’avoir en temps réel les prix des articles qui figurent sur vos listes. Ajoutées à celles dont vous disposez, ces données vous permettent de comparer les prix, d’établir magasin par magasin les produits les plus intéressants à acheter, pondérés par le coût d’accès au magasin ; vous êtes en mesure, non plus de mesurer les parts relatives à chaque catégorie, mais d’attribuer à chaque catégorie la part que vous estimez raisonnable. De plus, votre régularité, la fidélité et les volumes de vos achats vous permettent de négocier des ristournes ou des bons d’achats auprès de vos fournisseurs. Vous êtes au courant des soldes ou des offres commerciales, vous pouvez anticiper un achat pour bénéficier d’une promotion.
Vous avez désormais constamment accès aux leviers qui vous permettent d’optimiser, selon les critères que vous avez choisis, votre activité d’achat. Vous avez adopté un processus en optimisation constante. Félicitations : vous êtes CMMI niveau 5 !
 
Outre l’avantage d’être compris par tout le monde (ce qui est le minimum que l’on puisse demander à une analogie), ce petit exemple domestique montre bien ce que peut apporter la mise au point et l’adoption d’une démarche disciplinée. Il montre aussi que l’optimisation des processus n’est efficace que sur la base de mesures réelles et pertinentes.
Après, libre à vous de promouvoir – ou non – le CMMI sur les marchés.
Computurellement vôtre !

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