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« Exit le fantôme », de Philip Roth
Après plusieurs années d’une réclusion volontaire vouée à l’écriture, incontinent et impuissant à la suite d’une opération de la prostate, Nathan Zuckerman – alter ego de l’auteur – revient à New York pour y subir une intervention qui doit lui redonner, au moins partiellement, le contrôle de sa vessie. Dans une ville « accablée par la réélection de George W. Bush », il fera trois rencontres décisives.
L’une avec une vieille femme malade, ancienne muse de celui qui fut son mentor dans sa jeunesse, un couple de jeunes écrivains, avec qui il envisage d’échanger leurs résidences, et un jeune arriviste insupportable et odieux.
Philip Roth est, avec Paul Auster, l’un des derniers géants des lettres américaines encore en vie. « Exit le fantôme » est un livre à tiroirs, où les métaphores sont nombreuses et exprimés sans sous-entendus, la plus évidente étant le parallèle entre la puissance créatrice et la puissance sexuelle. Mais il y présente aussi, de façon à peine voilée, la présidence de Bush comme un cancer pour l’Amérique, et les excès de la littérature moderne comme un viol de la personnalité et de l’intégrité des individus.
Dans ce roman, Philip Roth – qui sera le prochain prix Nobel de littérature, tant son œuvre est emblématique de notre époque, et si ce n’est en 2010, ce sera au plus tard en 2011 ! (à vrai dire, je ne prends pas beaucoup de risques, car il est souvent cité parmi les favoris) – décrit le vieillissement de l’homme et de l’écrivain en se servant avec brio de tous les genres littéraires. Extraits et isolés du texte, nombre de passages peuvent être lus comme des nouvelles, des chapitres y sont écrits en théâtre, les styles sont nombreux et variés. Le message est clair : la déchéance est polymorphe, elle est multiple et d’autant plus cruelle.
« Exit le fantôme » est un roman sur la création littéraire, son inspiration, ses sources, sa puissance, son pouvoir, son essoufflement, ses frustrations, ses faiblesses, ses dérives, ses ignominies et ses aléas. Un grand roman, brillant et complexe.
« Exit le fantôme », par Philip Roth (traduit de l’Américain par Marie-Claire Pasquier). Ed. Gallimard, 336 p., 21€.
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