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Christine, 47 ans, souffre à la suite d’un accident d’un forme très rare d’amnésie. Elle s’éveille en effet chaque matin en ayant tout oublié de ce qu’est et a été sa vie les jours précédents : qui elle est, quelle est son âge, qui est son mari, que fait-elle ou qu’a-t-elle fait. Jusqu’au jour où, sur les conseils de son médecin, elle se met à noter, tous les jours, dans un journal, tous ses faits et gestes.
On penserait presque à « Un jour sans fin », le film où Bill Murray revivait tous les jours la même journée, en gardant à l’esprit ce qu’il avait fait la veille, c'est-à-dire le même jour, ce qui lui permettait d’amasser en une seule journée le savoir et l’expérience de plusieurs semaines. Ici, c’est l’inverse : Christine vit chaque jour en ayant perdu tout souvenir de ce qui s’est passé avant.
Jour après jour, son journal devient donc sa mémoire, c'est-à-dire in fine, sa véritable identité : les informations qu’elle y note constituent son savoir et lui permettent peu à peu de devenir moins dépendante de ses proches. Evidemment, puisque nous sommes dans un thriller, des imprécisions, puis des incohérences ne vont pas tarder à apparaître entre les quelques flashes qui lui reviennent à l’esprit, ce que lui dit son mari, ce qu’elle note dans son journal ou ce que lui apprend son médecin. Christine n’ayant aucun souvenir des événements des jours d’avant, de ce qu’elle a pu faire comme de ce qu’on a pu lui faire... Le précieux journal peut donc, potentiellement, se transformer en preuve.
Telle est donc la trame de ce roman qui entremêle alors joyeusement les intrigues : Christine peut-elle faire confiance à son mari ? quels sont les liens qui le relient à sa meilleure amie ? quel rôle le docteur joue-t-il ? Christine, qui a souffert autrefois de délires paranoïaques, peut-elle seulement avoir confiance dans son propre journal ? Et l’on en vient rapidement à s’interroger, comme elle, sur la véracité des propos de chacun – y compris du journal lui-même.
Au-delà de ce qu’on imagine être l’enfer de la vie du personnage – réapprendre chaque jour qui elle est, qui est son mari, redécouvrir les bonheurs mais aussi les malheurs de sa vie passée – et de ses proches – réexpliquer patiemment, indéfiniment, qui elle est – le roman interroge sur les relations entre mémoire et identité, et pose cette question : peut-on être heureux dans l’ignorance (ce qui est le cas de Christine au début du roman) ? ou la vérité, même douloureuse, est-elle préférable? On dirait un sujet de philo : peut-on être heureux en ayant conscience de soi ?
Un peu survendu par sa quatrième de couverture (« un roman qu’on ne peut pas lâcher », « construction machiavélique », « je l’ai dévoré de la première à la dernière page »), « Avant d’aller dormir », qui se classera sans nul doute à la rentrée parmi les meilleures ventes de l’été, est le livre parfait pour les vacances, à condition d’aimer frissonner, le soir, juste avant d’aller dormir, bien entendu...
Bonne lecture.
Computurellement vôtre.
« Avant d’aller dormir », de S.J. Watson (traduit de l’anglais par Sophie Aslanides), Ed. Sonatine, 410 p., 21€.
Egalement disponibles dans cette rubrique :
- « L'Armée furieuse », de Fred Vargas. Il aura fallu attendre près de trois ans pour voir enfin paraître le nouveau roman de Fred Vargas. Mais le résultat est à la hauteur de cette longue attente, avec une enquête qui met à nouveau en scène le commissaire Adamsberg pour lui faire affronter, cette fois – la neuvième – une horde sauvage venue du fond des temps.
- « Les piliers de la terre », de Ken Follett. Dans l’Angleterre du XIIème siècle, au moment où le Gothique va apporter hauteur, légèreté et lumière aux nouvelles cathédrales, les destins croisés et les ambitions rivales d'ecclésiastiques, de nobles locaux et de bâtisseurs.
- « Comme deux gouttes d’eau », de Tana French. Autrefois infiltrée dans un réseau de trafiquants de drogue, l’inspecteur Cassie Maddox est aujourd’hui affectée à la brigade des violences domestiques. On lui demande un matin de se rendre sur une scène de crime ; elle y découvre la victime, une jeune femme qui lui ressemble trait pour trait, et qui porte le nom d’Alexandra Madison, l’identité sous laquelle elle avait réalisé son infiltration.
- « Grands Zhéros de l'Histoire de France », de Clémentine Portier-Kaltenbach. Souvenez-vous : nos maîtres et nos professeurs d’Histoire nous ont toujours plus parlé des victoires que des défaites, des glorieux conquérants et des grands découvreurs que des capitaines vaincus. Mais il faut de tout pour faire un monde, et l’Histoire a aussi été faite par les boulets, les bras cassés, les ratés, les loosers, les incapables, les médiocres. C’est à eux que Clémentine Portier-Kaltenbach consacre ce livre à la fois comique et désolant. L’Histoire de France, non pas pour les nuls, mais par les nuls.
- « La chute des géants », de Ken Follett. Après ses deux succès planétaires, « Les piliers de la terre » et « Un monde sans fin », Ken Follett publie « La chute des géants », le premier tome d’une grande saga historique qui conte les destins entremêlés de cinq familles galloise, anglaise, russe, allemande et américaine tout au long du vingtième siècle.
- « Incidences », de Philippe Djian. Marc, la cinquantaine, est un professeur d’université qui se console de sa médiocrité professionnelle et de ses désillusions littéraires en collectionnant les aventures clandestines avec ses jeunes étudiantes. Il ramène la dernière en date, Barbara, dans la grande maison qu’il partage avec sa sœur dans les collines. Le lendemain, incidemment, il retrouve Barbara morte dans son lit, « froide comme un jambon, déjà presque grise ».
- « Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates », de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, Au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, une jeune écrivain découvre par hasard l’existence d’une petite communauté de l’île de Guernesey à qui la littérature a aidé à supporter les rigueurs de la guerre.
- « Le club des incorrigibles optimistes », de Jean-Michel Guenassia. Paris, fin des années 50. Le jeune Michel Marini, 12 ans au début du roman, sèche les cours du collège. Il découvre le baby-foot, le rock et la photographie, mais fait surtout la connaissance fortuite, dans l’arrière-salle d’un bistrot de Denfert-Rochereau, d’un groupe de joueurs d'échecs transfuges des pays de l’Est.
- « Un roman français », de Frédéric Beigbeder. Pris en flagrant délit de consommation de cocaïne sur le capot d’une voiture, soupçonné de destruction de preuves parce qu’il tente d’essuyer le bout de tôle avec la manche de sa veste, l’auteur se retrouve en garde à vue dans les oubliettes de la Conciergerie au moment où son frère va être décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy.
- « Exit le fantôme », de Philip Roth. Après plusieurs années d’une réclusion volontaire vouée à l’écriture, incontinent et impuissant à la suite d’une opération de la prostate, Nathan Zuckerman – alter ego de l’auteur – revient à New York pour y subir une intervention qui doit lui redonner, au moins partiellement, le contrôle de sa vessie. Dans une ville « accablée par la réélection de George W. Bush », il fera trois rencontres décisives.
Et dans la rubrique BD :
- « Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-sec ». Un billet déjà ancien pour (re)découvrir les albums de Tardi à l’origine du film de Luc Besson.
- « Songes ». Début du XXème siècle. Une jolie blonde se présente à la grille d’une riche maison campagnarde, comme préceptrice d’un jeune garçon. Elle entre alors dans un domaine immense et un peu étrange, regorgeant de machines et d’inventions inconnues.
- SODA ou le flic en planque derrière l'homme d'église. « SODA », série policière initiée par Tome et Warnant, conte les aventures d’un flic new-yorkais qui fait croire à sa mère, vieille dame au cœur fragile, qu’il est pasteur. Comme il le dit lui-même, « C’est pas plus mal : les types que j’arrête sont parfois un peu morts... »
- Embarquons ! Les bateaux ont une place bien à eux dans l'univers de la Bande Dessinée. Voici un aperçu de quelques-uns des liens qui unissent la mer aux héros de BD.
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