Les piliers de la terre - Ken Follett Print E-mail
Culture - Books
Written by Vincent MARTIN   
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Dans l’Angleterre du XIIème siècle, au moment où le Gothique va apporter hauteur, légèreté et lumière aux nouvelles cathédrales, les destins croisés et les ambitions rivales d'ecclésiastiques, de nobles locaux et de bâtisseurs.
Angleterre, 1135, à la mort de Henri Ier. Les Shiring et les Hamleigh, deux familles de petite noblesse scellent leur alliance par le mariage de leurs enfants, Aliena et William. Le projet est bien engagé et la maison du jeune couple commence à sortir de terre. Rien que du banal, me direz-vous, mais seulement voilà : la jeune fille ne veut pas du garçon et rompt les fiançailles. Les Hamleigh n’auront alors de cesse que d’accaparer le comté de ceux qui les ont si profondément humiliés. Le chantier de la maison est arrêté, Faisant de Tom, le maçon, une victime collatérale.
Jeté sur les routes avec sa famille, il va vivre plusieurs mois d’errance au cours desquels sa femme mourra en couches et où il rencontrera Ellen, une hors-la-loi qui vit seule dans la forêt avec son fils Jack. Sans travail, ils parviendront jusqu’au prieuré de Kingsbridge que Philip de Gwynedd, le nouveau prieur, tente de relever de la ruine et auquel il rêve de donner un large rayonnement.
La nuit de leur arrivée, la vieille cathédrale brûle mystérieusement. Tom impressionne Philip par son savoir-faire lors des travaux de déblaiement et parvient à le convaincre de rebâtir une nouvelle cathédrale en seulement quelques années. Il en serait le maître maçon et le bâtisseur. Commence alors une véritable guerre économique et d’ambitions entre Philip, qui a besoin de fonds pour ce projet, les Hamleigh, qui voient dans la mise sous tutelle de la région le moyen de racheter l’humiliation du mariage raté, et l’évêque local que le jeu des alliances a placé du côté des Hamleigh, et dont Philip s’est fait un ennemi juré. Aliena, défaite de son comté par les Hamleigh et au cœur d’une rivalité amoureuse entre Jack et Alfred, le fils de Tom, se lance dans le commerce de la laine et constitue un allié économique de poids pour Philip.
Les ambitions naissent, se développent ou sont anéanties au gré des événements. Philip veut le rayonnement de son prieuré. Tom rêve de bâtir une cathédrale. Richard, le frère d’Aliena, veut recouvrer la possession de son domaine et s’engage dans la guerre aux côtés du roi. William de Hamleigh, cupide et violent, a la main mise sur toutes les richesses du comté et ne supporte aucune concurrence. L’évêque Waleran a besoin d’un comté riche et d’un allié puissant pour grimper dans la hiérarchie religieuse. Chapitre après chapitre, les alliances se font jour.
Comme souvent chez Ken Follett, les caractères sont bien marqués ; l'auteur a fait sien l’adage qui veut que si le méchant – le « villain » en Anglais – est réussi, alors l’ouvrage est aussi une réussite. Et là, franchement, il s’en est donné à cœur joie. On peut difficilement imaginer plus méchant que William de Hamleigh. C'est l’archétype du seigneur médiéval comme nous le montraient autrefois les manuels d’Histoire : cruel et cupide, prétentieux et violent, assez sot pour massacrer ses serfs et ruiner son propre domaine, il est en plus impuissant – ce qui n’arrange pas son humeur – et ne peut prendre une femme qu’en la violant. Fourbe et superstitieux, terrorisé par l’Enfer, il va lâchement quémander l’absolution après chaque nouvelle exaction. On vous le dit : une véritable réussite !
Il serait excessif de prétendre que « Les piliers de la terre » se lit d’une traite (c’est quand même un pavé de plus de 1000 pages). Mais ce qui est sûr, c’est qu’on a du mal à le poser une fois qu’on l’a commencé. Rien n’est jamais joué : William de Hamleigh, malgré ses revers politiques et ses humiliations personnelles, se tient à flot par sa puissance militaire. Jusqu'aux dernières pages du roman, Waleran et lui comploteront pour ruiner leurs ennemis. Philip, en dépit de son habileté, ne peut rien contre les revers de fortune et sa rigueur toute religieuse l’empêche souvent de manœuvrer avec finesse. Et la vilenie des traîtres – fourbes, frustrés de pouvoir et de responsabilités, aigris, vivant de rancœur, capables des trahisons les plus viles, ils sont également assez réussis – peut faire basculer la partie à tout moment.
« Les piliers de la terre » est le roman, sur fond de construction des premières cathédrales, des ambitions humaines. Qu’elles soient teintées de cupidité ou se dissimulent derrière le service de la gloire de Dieu, elles ne sont souvent qu’un alibi qui permet de briser le destin et les aspirations des plus humbles.
Un très bon roman historique, passionnant, haletant même parfois, très documenté, réaliste et instructif sans jamais être ennuyeux. On précisera juste que sa longueur, la violence et la crudité de certaines scènes, peuvent rebuter et, selon la formule consacrée, heurter la sensibilité du jeune public.
Ceux qui aiment me Moyen-Age liront ou reliront avec plaisir une autre célèbre saga, située celle-là deux cents ans plus tard et de ce côté de la Manche : « Les rois maudits ». Une grande réussite du genre, avec également un flamboyant « villain », Robert d’Artois.
Très bonne lecture.
Computurellement vôtre.
 

 
En 2007, est parue une suite : « Un monde sans fin », elle aussi couronnée par un très grand succès. Les deux tomes de la saga sont disponibles en format de poche.

 

« Les piliers de la terre » a par ailleurs inspiré une série télé ; elle a été diffusée en décembre 2010 sur Canal+. Elle existe en DVD et Blu-ray.

 

 


 Egalement disponibles dans cette rubrique :

  • « Avant d’aller dormir ». Christine, 47 ans, souffre à la suite d’un accident d’un forme très rare d’amnésie. Elle s’éveille en effet chaque matin en ayant tout oublié de ce qu’est et a été sa vie les jours précédents : qui elle est, quelle est son âge, qui est son mari, que fait-elle ou qu’a-t-elle fait. Jusqu’au jour où, sur les conseils de son médecin, elle se met à noter, tous les jours, dans un journal, tous ses faits et gestes.
  • « L'Armée furieuse », de Fred Vargas. Il aura fallu attendre près de trois ans pour voir enfin paraître le nouveau roman de Fred Vargas. Mais le résultat est à la hauteur de cette longue attente, avec une enquête qui met à nouveau en scène le commissaire Adamsberg pour lui faire affronter, cette fois – la neuvième – une horde sauvage venue du fond des temps.
  • « Grands Zhéros de l'Histoire de France », de Clémentine Portier-Kaltenbach. Souvenez-vous : nos maîtres et nos professeurs d’Histoire nous ont toujours plus parlé des victoires que des défaites, des glorieux conquérants et des grands découvreurs que des capitaines vaincus. Mais il faut de tout pour faire un monde, et l’Histoire a aussi été faite par les boulets, les bras cassés, les ratés, les loosers, les incapables, les médiocres. C’est à eux que Clémentine Portier-Kaltenbach consacre ce livre à la fois comique et désolant. L’Histoire de France, non pas pour les nuls, mais par les nuls.
  • « La chute des géants », de Ken Follett. Après ses deux succès planétaires, « Les piliers de la terre » et « Un monde sans fin », Ken Follett publie « La chute des géants », le premier tome d’une grande saga historique qui conte les destins entremêlés de cinq familles galloise, anglaise, russe, allemande et américaine tout au long du vingtième siècle.
  • « Comme deux gouttes d'eau », de Tana French. Autrefois infiltrée dans un réseau de trafiquants de drogue, l’inspecteur Cassie Maddox est aujourd’hui affectée à la brigade des violences domestiques. On lui demande un matin de se rendre sur une scène de crime ; elle y découvre la victime, une jeune femme qui lui ressemble trait pour trait, et qui porte le nom d’Alexandra Madison, l’identité sous laquelle elle avait réalisé son infiltration.
  • « Incidences », de Philippe Djian. Marc, la cinquantaine, est un professeur d’université qui se console de sa médiocrité professionnelle et de ses désillusions littéraires en collectionnant les aventures clandestines avec ses jeunes étudiantes. Il ramène la dernière en date, Barbara, dans la grande maison qu’il partage avec sa sœur dans les collines. Le lendemain, incidemment, il retrouve Barbara morte dans son lit, « froide comme un jambon, déjà presque grise ».
  • « Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates », de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, Au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, une jeune écrivain découvre par hasard l’existence d’une petite communauté de l’île de Guernesey à qui la littérature a aidé à supporter les rigueurs de la guerre.
  • « Le club des incorrigibles optimistes », de Jean-Michel Guenassia. Paris, fin des années 50. Le jeune Michel Marini, 12 ans au début du roman, sèche les cours du collège. Il découvre le baby-foot, le rock et la photographie, mais fait surtout la connaissance fortuite, dans l’arrière-salle d’un bistrot de Denfert-Rochereau, d’un groupe de joueurs d'échecs transfuges des pays de l’Est.
  • « Un roman français », de Frédéric Beigbeder. Pris en flagrant délit de consommation de cocaïne sur le capot d’une voiture, soupçonné de destruction de preuves parce qu’il tente d’essuyer le bout de tôle avec la manche de sa veste, l’auteur se retrouve en garde à vue dans les oubliettes de la Conciergerie au moment où son frère va être décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy.
  • « Exit le fantôme », de Philip Roth. Après plusieurs années d’une réclusion volontaire vouée à l’écriture, incontinent et impuissant à la suite d’une opération de la prostate, Nathan Zuckerman – alter ego de l’auteur – revient à New York pour y subir une intervention qui doit lui redonner, au moins partiellement, le contrôle de sa vessie. Dans une ville « accablée par la réélection de George W. Bush », il fera trois rencontres décisives.
Dans la rubrique BD :
  • « Songes »Début du XXème siècle. Une jolie blonde se présente à la grille d’une riche maison campagnarde, comme préceptrice d’un jeune garçon. Elle entre alors dans un domaine immense et un peu étrange, regorgeant de machines et d’inventions inconnues.
  • SODA ou le flic en planque derrière l'homme d'église. « SODA », série policière initiée par Tome et Warnant, conte les aventures d’un flic new-yorkais qui fait croire à sa mère, vieille dame au cœur fragile, qu’il est pasteur. Comme il le dit lui-même, « C’est pas plus mal : les types que j’arrête sont parfois un peu morts... »
  • Embarquons ! Les bateaux ont une place bien à eux dans l'univers de la Bande Dessinée. Voici un aperçu de quelques-uns des liens qui unissent la mer aux héros de BD.

 

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