La chute des géants - Ken Follett Print E-mail
Culture - Books
Written by Vincent MARTIN   
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Après ses deux succès planétaires, « Les piliers de la terre » et « Un monde sans fin », Ken Follett publie « La chute des géants », le premier tome d’une grande saga historique qui conte les destins entremêlés de cinq familles galloise, anglaise, russe, allemande et américaine tout au long du vingtième siècle.

Début du XXème siècle : au Pays de Galles, le comte Fitzherbert est propriétaire des mines de la région ; il a épousé la princesse Béa, la fille du Tsar ; les Williams, eux, sont une famille de mineurs ; Billy, le fils, descend dans la mine quand sa sœur Ethel, intendante au château, a une liaison avec le comte. La sœur du comte, Maud, est amoureuse de Walter Von Ullrich, un diplomate allemand. En Russie, Grigori Peshkov est contraint de laisser à son frère Lev, recherché par la police, son billet sur le bateau qui devait l’emporter en Amérique. A Washington, l’ambitieux Gus Dewar devient l’un des proches collaborateurs du président Wilson…
Telles sont les situations des principaux personnages à la veille de la guerre de 14-18, alors que les grandes puissances vivent leurs derniers instants d’insouciance et que le monde va entrer de façon tragique dans la modernité. Autant de routes et de destins individuels qui vont se croiser, s’éloigner pour se rejoindre à nouveau sur fond de coups de grisous et de grèves ouvrières, de lutte pour les droits des femmes, d’émeutes paysannes, de répressions, et, bien sûr, de première guerre mondiale, cadre du premier volume de cette trilogie qui couvrira tout le vingtième siècle (le deuxième tome se passera pendant la deuxième guerre mondiale, le troisième pendant la guerre froide).
« La chute des géants » use et abuse des ficelles qui ont fait le succès des romans de Ken Follett : la multiplicité des personnages ; l’alternance des chapitres qui leur sont consacrés, procédé bien connu qui dynamise le récit en multipliant les interruptions, donc les points en suspens ; l’impact des événements historiques sur les destins individuels, les personnages réels (ici : le président américain Wilson, ou Winston Churchill) qui côtoient les personnages de fiction.
Leurs destinées sont passionnantes, le souffle romanesque indéniable, mais du point de vue littéraire, on reste un peu sur sa faim. La traduction est parfois bâclée (p. 269 : « Malgré l’arrogance avec laquelle les autres demandes étaient formulées avec une certaine arrogance, ... ») : quatre traducteurs pour la version française, on sent que l’impératif de sortie simultanée du roman partout dans le monde a eu un léger effet sur la qualité de la traduction ; et on relève avec ironie quelques dialogues approximatifs : faire dire « Vous n’avez pas été blessés, grâce à Dieu ! » (p. 190) à un révolutionnaire bolchévique est un tour de force.
On aurait aimé des caractères moins tranchés et moins convenus ; on aurait aimé que les liaisons entre les personnages sont moins décrites comme les amours clandestines d’adolescents timides que comme les passions tumultueuses qui siéent à des individus qui vont tenir tête aux événements du monde. Les premières pages ont un petit côté « Harlequin » franchement agaçant !
Mais ce point mis à part, on aurait tort de bouder son plaisir. Après des débuts un peu laborieux, « La chute des géants » est un roman captivant dont les mille pages se laissent dévorer comme celles d’un bon polar - en fait comme tous les autrs romans de Ken Follett. Le récit est documenté (sur le travail des mineurs, les consignes de sécurité que les syndicats avaient réussi à arracher aux exploitants des mines, sur la condition des paysans russes, etc.), et mêle constamment les niveaux de lecture.
Entre roman d’amour, roman d’espionnage et fresque historique, « La chute des géants », à l’approche des fêtes de fin d’année, est une idée de cadeau qui ravira sans faute ses destinataires.
Bonne lecture.
Computurellement vôtre.

 

 

« La chute des géants », par Ken Follett (traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert, Viviane Mikhalkov), Ed. Robert Laffont, 998 p., 23,90€.
 

Egalement disponibles dans cette rubrique :
  • « Avant d’aller dormir ». Christine, 47 ans, souffre à la suite d’un accident d’un forme très rare d’amnésie. Elle s’éveille en effet chaque matin en ayant tout oublié de ce qu’est et a été sa vie les jours précédents : qui elle est, quelle est son âge, qui est son mari, que fait-elle ou qu’a-t-elle fait. Jusqu’au jour où, sur les conseils de son médecin, elle se met à noter, tous les jours, dans un journal, tous ses faits et gestes.
  • « L'Armée furieuse », de Fred Vargas. Il aura fallu attendre près de trois ans pour voir enfin paraître le nouveau roman de Fred Vargas. Mais le résultat est à la hauteur de cette longue attente, avec une enquête qui met à nouveau en scène le commissaire Adamsberg pour lui faire affronter, cette fois – la neuvième – une horde sauvage venue du fond des temps.
  • « Les piliers de la terre », de Ken Follett. Dans l’Angleterre du XIIème siècle, au moment où le Gothique va apporter hauteur, légèreté et lumière aux nouvelles cathédrales, les destins croisés et les ambitions rivales d'ecclésiastiques, de nobles locaux et de bâtisseurs.
  • « Grands Zhéros de l'Histoire de France », de Clémentine Portier-Kaltenbach. Souvenez-vous : nos maîtres et nos professeurs d’Histoire nous ont toujours plus parlé des victoires que des défaites, des glorieux conquérants et des grands découvreurs que des capitaines vaincus. Mais il faut de tout pour faire un monde, et l’Histoire a aussi été faite par les boulets, les bras cassés, les ratés, les loosers, les incapables, les médiocres. C’est à eux que Clémentine Portier-Kaltenbach consacre ce livre à la fois comique et désolant. L’Histoire de France, non pas pour les nuls, mais par les nuls.
  • « Comme deux gouttes d'eau », de Tana French. Autrefois infiltrée dans un réseau de trafiquants de drogue, l’inspecteur Cassie Maddox est aujourd’hui affectée à la brigade des violences domestiques. On lui demande un matin de se rendre sur une scène de crime ; elle y découvre la victime, une jeune femme qui lui ressemble trait pour trait, et qui porte le nom d’Alexandra Madison, l’identité sous laquelle elle avait réalisé son infiltration.
  • « Incidences », de Philippe Djian. Marc, la cinquantaine, est un professeur d’université qui se console de sa médiocrité professionnelle et de ses désillusions littéraires en collectionnant les aventures clandestines avec ses jeunes étudiantes. Il ramène la dernière en date, Barbara, dans la grande maison qu’il partage avec sa sœur dans les collines. Le lendemain, incidemment, il retrouve Barbara morte dans son lit, « froide comme un jambon, déjà presque grise ».
  • « Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates », de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, Au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, une jeune écrivain découvre par hasard l’existence d’une petite communauté de l’île de Guernesey à qui la littérature a aidé à supporter les rigueurs de la guerre.
  • « Le club des incorrigibles optimistes », de Jean-Michel Guenassia. Paris, fin des années 50. Le jeune Michel Marini, 12 ans au début du roman, sèche les cours du collège. Il découvre le baby-foot, le rock et la photographie, mais fait surtout la connaissance fortuite, dans l’arrière-salle d’un bistrot de Denfert-Rochereau, d’un groupe de joueurs d'échecs transfuges des pays de l’Est.
  • « Un roman français », de Frédéric Beigbeder. Pris en flagrant délit de consommation de cocaïne sur le capot d’une voiture, soupçonné de destruction de preuves parce qu’il tente d’essuyer le bout de tôle avec la manche de sa veste, l’auteur se retrouve en garde à vue dans les oubliettes de la Conciergerie au moment où son frère va être décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy.
  • « Exit le fantôme », de Philip Roth. Après plusieurs années d’une réclusion volontaire vouée à l’écriture, incontinent et impuissant à la suite d’une opération de la prostate, Nathan Zuckerman – alter ego de l’auteur – revient à New York pour y subir une intervention qui doit lui redonner, au moins partiellement, le contrôle de sa vessie. Dans une ville « accablée par la réélection de George W. Bush », il fera trois rencontres décisives.
Dans la rubrique BD :
  • « Songes »Début du XXème siècle. Une jolie blonde se présente à la grille d’une riche maison campagnarde, comme préceptrice d’un jeune garçon. Elle entre alors dans un domaine immense et un peu étrange, regorgeant de machines et d’inventions inconnues.
  • SODA ou le flic en planque derrière l'homme d'église. « SODA », série policière initiée par Tome et Warnant, conte les aventures d’un flic new-yorkais qui fait croire à sa mère, vieille dame au cœur fragile, qu’il est pasteur. Comme il le dit lui-même, « C’est pas plus mal : les types que j’arrête sont parfois un peu morts... »
  • Embarquons ! Les bateaux ont une place bien à eux dans l'univers de la Bande Dessinée. Voici un aperçu de quelques-uns des liens qui unissent la mer aux héros de BD.

 

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