SODA ou le flic en planque derrière l'homme d'église Print E-mail
Culture - Comics
Written by Vincent MARTIN   
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soda bd flic homme église faux curé« SODA », série policière initiée par Tome et Warnant, conte les aventures d’un flic new-yorkais qui fait croire à sa mère, vieille dame au cœur fragile, qu’il est pasteur. Comme il le dit lui-même, « C’est pas plus mal : les types que j’arrête sont parfois un peu morts... » Une série noire, à l’humour noir.

David Elliot Hanneth SOlomon, dit SODA

(c) Ed. Dupuis

David Elliot Hanneth Solomon, dit « SODA », jeune flic du New York Police Department, vit avec Mary, sa mère, dans un appartement au 23ème étage d’un immeuble de Manhattan.
Son père, shérif de la petite ville de Providence, dans l’Arizona, est mort en service commandé, et sa mère lui a pourtant fait jurer qu’il ne serait jamais policier. Seulement voilà : la vie réduit parfois à néant les promesses les plus sincères. Mary a le cœur fragile, et David, qui est persuadé que la nouvelle lui serait fatale, n’ose pas lui annoncer qu’il est malgré tout devenu flic. Pour sa vieille maman, et puisque les deux piliers de la société étasunienne sont l’ordre et la foi, David est pasteur.
Deux fois par jour, David se change dans l’ascenseur et se félicite d’habiter au 23ème étage. Le petit espace est la frontière entre ses deux vies, les coulisses où il se prépare pour entrer en scène et jouer le rôle qu’il s’est choisi.
A ce jour, la série compte douze albums, chacun d’entre eux racontant une histoire indépendante. La double vie du lieutenant Soda y est présentée, à chaque épisode, d’une façon différente – petite prouesse scénaristique.
Chaque fois, David se dit qu’il faut qu’il dise la vérité à sa mère ; chaque fois, il trouve mille astuces pour dissimuler son secret en attendant l’heure de l’aveu – les collègues flics, dans la combine, l’appellent à la maison en se faisant passer pour l’Armée du Salut ! – et chaque fois, bien entendu, il y renonce.
Graphiquement, le style est à mi-chemin entre le dessin réaliste – les décors, très soignés – et la caricature légère : les personnages ont les proportions de ceux de Franquin ou de Le Gall, le trait est toujours forcé. Le dessin est précis, dynamique et colle bien au rythme des épisodes. Quelques planches sont en noir et blanc et montrent une belle maîtrise de cette technique.
Les cadrages et les points de vue s’inspirent du cinéma. David Solomon a le flegme et le regard nonchalant de Robert Mitchum. Allusion discrète au révérend Powell de « La Nuit du Chasseur » ?
La série a connu deux dessinateurs. Luc Warnant a laissé le pinceau à Bruno Gazzotti au début du troisième album, dessiné en quelque sorte à quatre mains. La transition entre les deux dessins est visible, mais se fait plutôt en douceur.
La série plonge dans les bas-fonds de Big Apple et adopte l’univers et les codes du polar. Elle aborde la violence, la drogue, la corruption, le racisme, l’argent, le pouvoir, la loyauté. Même si elle broie parfois les individus, l’Amérique reste l’Amérique : impitoyable, belle, démesurée, et chacun a toujours une (petite) chance de s’en sortir. Même écorné, le mythe demeure toujours.
A l’image de David, flic intègre, mais fils lâche et dissimulateur, les personnages sont rarement tranchés. Les malfrats dissimulent une fêlure secrète, les officiers du NYPD ou du FBI révèlent les mêmes perversions que ceux qu’ils combattent.
« SODA » joue sur la dualité et les oppositions : la double-vie, le graphisme « jeune public » qui se heurte à l’univers du polar, la religion confrontée à la violence. Les couvertures, qui les mettent systématiquement en scène toutes les deux, sous un titre à connotation toujours biblique, en sont la parfaite illustration. L’humour nait habilement de ces décalages, mais il est aussi noir que le reste.
De façon récurrente, « SODA » pose enfin cette question : dans tout homme d’église, n’y a-t-il pas un flic qui sommeille ?
Une mention spéciale pour les quatre albums suivants :
  • « Lettres à Satan » (T. 2), réflexion un rien macabre sur la création littéraire ;
  • « Dieu est mort ce soir » (T. 4), métaphore sur la circulation de l’argent et sur ce qu’il transporte, et un bel exemple de l’utilisation des plongées et contre-plongées ;
  • « Confessions express » (T. 6) : Soda emmène sa mère à l’hôpital pour une série d’examens cardiaques (il doit être avec elle à la fin de chacun d’entre eux), tout en cherchant à déjouer un attentat pendant le marathon de New York. Une enquête au pas de course...
  •  « Lève-toi et meurs » (T. 7), noir, très très noir.
Reste une énigme : il manque à Soda l’auriculaire et l’annulaire de la main gauche. Nul ne sait pourquoi. Pour ne pas se marier ?
Bonne lecture.
Computurellement vôtre.
« SODA », par Ph. Tome et L. Warnant (tomes 1 et 2), puis B. Gazzotti, 12 albums aux éditions Dupuis, collection Repérages.

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