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Culture - Cinema
Written by Vincent MARTIN   
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Aujourd’hui, 27 novembre 2009, il y a fort à parier que cette date sera fort peu célébrée. Et pourtant…

 

Et pourtant, il y a quarante-six ans, le 27 novembre 1963, deux faits se produisaient. L’un d’eux, il faut bien l’avouer, n’affecta directement que mon cercle familial, plus quelques amis : c’était ma naissance. L’autre eut un peu plus de retentissement. Quarante-six ans plus tard, on en parle encore, le film et ses dialogues sont devenus culte et une recherche Google génère 315 000 résultats (y compris sur ce site) : le 27 novembre 1963, « Les Tontons Flingueurs » sortait dans les salles.

L’occasion, non pas de proposer une fois de plus un concours de répliques, mais juste de revenir sur quelques dialogues savoureux. Force est de constater, du reste, que la plupart sont l’œuvre de Michel Audiard. Qui mieux que lui a su distiller au fil de ses films, ces répliques définitives sur des sujets essentiels ?
La connerie, par exemple. On connaît le célébrissime « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. » (Les tontons flingueurs), mais on peut aussi citer : « Si la connerie se mesurait, il servirait d’étalon. Il serait à Sèvres. » (Le cave se rebiffe) ou « Le jour où les cons seront sur orbite, t’as pas fini de tourner. » (Le Pacha).
L’arithmétique n’avait pas de secrets pour lui, même si sa vision en était somme toute assez personnelle : « Les bénéfices, ça se divise, la réclusion, ça s’additionne. » (Le cave se rebiffe), tout comme l’ichtyologie : « Il y a aussi des poissons volants, mais c’est pas la majorité du genre. » (Le Président), la décoration : « – Mais, tu vois, si j’étais chez moi, je mettrais ça ailleurs. […] – Tu le verrais où, toi ? – A la cave. » (Le cave se rebiffe), l’économie : « Faut jamais rien jeter, tout peut resservir. » (Les barbouzes), la santé : « J’ai une santé de fer, ça fait dix ans que je vis à la campagne, que je me lève avec le soleil et que je me couche avec les poules. » (Les tontons flingueurs), l’alcoolisme : « La jeunesse française boit des eaux pétillantes et les anciens combattants des eaux de régime. Et puis surtout, il y a le whisky (prononcer visky). C’est terrible, ça, le whisky. » (Les tontons flingueurs) ou les versions latines : « – O tempora, o mores. – C’est du latin, ça veut dire ‘drôle d'époque’ ».
Les malfrats furent l’un de ses thèmes de prédilection : « Bien sûr, depuis que t’es dans l’honnête, tu peux pas savoir le nombre de malfaisants qu’il y a. Le monde en est plein ! » (Les tontons flingueurs) ou « – Y’a une porte à mon hangar. Tout acier. – Une porte, ça s’ouvre. Et puis il y a les malfaisants... » (Le cave se rebiffe).
Ce film (Les tontons flingueurs), méprisé par la critique à sa sortie, s’est bonifié avec les ans pour être aujourd’hui un grand cru qu’il est de bon ton d’avoir dans sa cave. Pardon, dans sa dévédéthèque. La presse ne manque pas une occasion de l’utiliser pour épicer son discours avec une pointe de décalage. On a par exemple beaucoup entendu « Fonds monétaire... Pas bête, ça. » (Les tontons flingueurs) quand Dominique Strauss-Kahn a été « bombardé » président du FMI.
Ses tunnels, ces longues répliques qu’il écrivait spécifiquement pour ses acteurs fétiches (Lino Ventura, Jean Gabin, Bernard Blier) sont restés dans les mémoires : « Non mais, t’as déjà vu ça, en pleine paix, il chante, et puis crac, un bourre-pif. Mais il est complètement fou, ce mec. Mais je vais lui faire une ordonnance, et une sévère. Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m’en fait trop, je correctionne plus, je dynamite. Je disperse… Je ventile… » (Bernard Blier, Les tontons flingueurs), « Alors, il dort, le gros con ? Eh bin, il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule. Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban. Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux. » (idem. « Le terminus des prétentieux » était le titre auquel Georges Lautner avait initialement pensé pour son film). Et que dire de l’éternel : « Patricia, mon petit, je ne voudrais pas te paraître vieux-jeu ni encore moins grossier, l’homme de la pampa reste toujours courtois, mais la vérité m’oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menues ! » (Lino Ventura, Les tontons flingueurs).
Les comédies et les répliques culte, en dehors des dialogues d’Audiard, sont rares. Du tout venant émergent quand même les films de la troupe du Splendid, dont l’immense « Le Père Noël est une ordure » (sans doute bientôt rediffusé sur France 3) ; au-delà des doubitchous, « roulés sous les aisselles » et du « C’est cela, oui… » de Thierry Lhermitte, ma préférée est peut-être « Thérèse, je vous ai moins bien réussie que le cochon. » (Thierry Lhermitte, donc). Pour le coup, celle-là, si quelqu’un arrive à la caser en réunion, je suis preneur.
«Papy fait de la résistance » n’est pas mal : « C’est dimanche, on va découper le rosbif. » (entendez : l’Anglais) (Michel Galabru). Et n’oublions pas « Marche à l’ombre » ou « La vie est un long fleuve tranquille » : « – Ca sent bon. – C’est lundi, c’est ravioli ! » ou « Ne jurez pas, Marie-Thérèse ! ». « La Chèvre » a ses inconditionnels : « – C’est pas son jour. – C’est jamais son jour ! » (Gérard Depardieu), « Perrin, il n’y a pas de sables mouvants signalés dans cette région. » Et Pierre Richard de lui répondre, déjà enfoncé jusqu’à mi-cuisse : « Eh bien si vous voulez mon avis, il est temps de les signaler. ». Du même auteur, on évoquera « Le dîner de cons » : « – Il s’appelle Juste Leblanc. – Il n’a pas de prénom ? – Mais si, je viens de vous le dire, c’est Juste. » (Thierry Lhermitte et Jacques Villeret).
Plus récemment, « OSS 117 – Le Caire, nid d’espions » a lui aussi livré quelques répliques savoureuses, également dans le registre de la parodie. « Ca me sert à rien. » énonce gravement Jean Dujardin après avoir appris à compter jusqu'à cinq en Arabe. A citer avec le ton et - si possible - le jeu de sourcils adéquat. Succès garanti auprès des connaisseurs. « J'aime les panoramas. » (... me battre, .. . me beurrer la biscotte, etc.) a l'avantage de pouvoir se décliner à l'infini.
Il reste que l'époque n'est plus aux textes et aux dialogues mitonnés façon Audiard. « O tempora, o mores », déclamai-je plus haut. On peut le regretter, mais, bah, tant qu'il y aura des films...
Bon anniversaire aux « Tontons ». « Good health and happiness, sir. Santé, prospérité, sir... »
Computurellement vôtre.

Si vous n'avez pas (encore) lu les précédents articles sur les « Tontons » :
Retrouvez tous nos articles sur www.computure.net.


 


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